s trois piliers du carême: un chemin de libération
Le carême commence le mercredi des cendres. Pendant 40 jours, nous cheminons vers Pâques. Cette période est la source de notre libération et de notre purification et elle se vit à travers trois dimensions essentielles : le partage, la prière et la pénitence ( Jeûne ).
Le premier pilier est le partage, conçu comme un véritable service envers Dieu.
Il y a d'abord l'intention du cœur. Jésus insiste sur la pureté de l'intention.
Le partage ne doit pas servir à se mettre en avant ou se faire voir, il doit être un acte d'amour pur et désintéressé.
Jésus s'identifie lui-même aux pauvres: “Tout ce que nous partageons avec tous ceux qui sont dans le besoin; c'est à lui que nous le donnons“. C'est le fondement même de la charité chrétienne.
En effet, en s'appuyant sur 2 co 9, 7, le partage ne doit pas être vécu comme une contrainte ou une tristesse, mais comme une libération vis-à-vis des biens matériels comme le dit l'apôtre Paul “Que chacun donne selon ce qu'il a décidé dans son cœur, sans regret car Dieu aime celui qui donne avec joie“.
Il ne s'agit pas seulement de donner de son superflu. L'économie réalisée grâce au jeûne ne doit pas rester dans notre poche mais être distribuée aux plus pauvres.
Enfin, le partage nous libère de l'esclavage de la possession. En donnant, nous affirmons que notre sécurité ne dépend pas de nos biens, mais de la providence de Dieu. C'est un acte de libération intérieure qui remplace l'égoïsme par la gratitude.
Durant le temps de carême, nous sommes invités à consacrer du temps aux autres, notamment en rendant visite aux malades, aux sans abris et aux nécessiteux, de disposer un moment d'échange, et d'écoute.
La deuxième dimension du carême est la prière dans le secret.
Ce temps de préparation doit être un moment de rencontre intime avec Dieu comme nous le rappelle Saint Mathieu : “Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est dans le lieu secret.“
Pour nous, chrétiens, la prière est une force indispensable contre la tentation.
Le carême fait mémoire des 40 jours de Jésus au désert, où la bible nous montre que la prière est l'arme principale pour rester fidèle face aux épreuves de la vie.
Au moment de sa passion, Jésus dit d'ailleurs à ses disciples : “Veillez et prier, afin que vous ne tombiez pas en tentation; l’esprit est bien disposé, mais la chair est faible.“(Mt 26, 41)
En pratique, durant ce temps de carême, nous sommes invités à multiplier les moments de silence. A l'image de Jésus qui se retire souvent sur la montagne pour prier seul, nous devons apprendre à plus écouter qu'à parler. Nous pouvons faire nôtre la réponse du jeune Samuel : “ Parle, Seigneur, car ton serviteur écoute. “(1 sa 3, 10).
Enfin, la prière de carême ne doit pas être centrée sur soi : nous devons aussi prier pour les autres. C'est un temps privilégié d’ intercession pour ceux qui souffrent, pour la paix dans le monde et pour la conversion des cœurs.
La troisième dimension est la pénitence qui vient du mot grec metanoia, qui signifie litéralement un changement de regard ou une conversion du cœur.
Les écritures posent les fondements de la pénitence comme un retour vers Dieu. Voici les dimensions principales de la pénitence :
La pénitence est une conversion intérieure : la bible insiste sur le fait que la pénitence ne doit pas être un simple rite extérieur (comme se couvrir de cendres ou de porter des vêtements de deuil ) mais une transformation profonde de la volonté.
“Déchirer vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux.“ J(oël 2, 13).
Le regret sincère et l'aveu ( la repentance ), la reconnaissance de ses fautes. Le psaume 50 est la prière de référence pour cette demande, il exprime la prière d'un homme qui reconnaît ses péchés et demande à Dieu de le pardonner.
La pénitence doit se traduire par des actes concrets; on ne peut pas dire qu'on regrette ses fautes si l'on ne change pas sa manière d'agir envers les autres comme le pardon à donner et à recevoir.
Jean Baptiste l'appelle “Produire des fruits dignes de la conversion“ (Lc 3, 8). Ces fruits sont traditionnellement vécus pendant le carême à travers:
- Le renoncement: se détacher de ce qui nous éloigne de Dieu ( La mortification ).
- La réparation : chercher à corriger le mal que l'on a pu faire par le geste de pardonner à ceux qui nous ont offensés.
- Le Jeûne: qui peut se vivre par la privation alimentaire, par la mortification de la parole, de la pensée ou de ce que l'on écoute, concrètement on peut se priver de certains plaisirs tels que les écrans, les réseaux sociaux, de tabac, d'alcool ou des mauvaises habitudes ( colère, critique...).
La pénitence n'est pas une punition que l'on s'inflige, mais un chemin de libération, elle consiste à se détourner de ce qui est "mort" en nous pour se tourner vers la vie que Dieu offre.
St Augustin disait: “Le Jeûne du corps n'a de sens que s'il s'accompagne d'un Jeûne du cœur “ nous pouvons bien se priver à manger toute la journée pour jeûner, mais le Jeûne du cœur consiste à s'éloigner de toute forme de la méchanceté et de l'injustice.
Au terme de ce cheminement, le carême nous laisse une certitude; les privations choisies n'étaient pas des punitions, mais des exercices de liberté, aujourd'hui nous ne fermons pas une parenthèse, nous ouvrons une porte. Que l'élan de la solidarité, de la prière et de Jeûne, cultivé pendant ces 40 jours deviennent notre manière de vivre au quotidien.
Emmanuel Kizita (diacre)
Cette année, pendant le Carême, « Entraide et Fraternité » nous propose de soutenir les projets d’agriculture familiale à Haïti.
Deux collectes seront proposées pendant ce carême et nous accueillerons un représentant qui viendra nous parler du combat du peuple haïtien contre l’injustice.